J'ai une page blanche devant moi et un mois de périple à raconter !! Je vais faire de mon mieux et condenser tous les souvenirs qui affluent en moi...
Durant un mois, sac au dos et baskets aux pieds, j’ai refait le trajet de mon grand père, prisonnier durant la seconde guerre mondiale, tentant de retrouver tous les lieux qu’il nota dans son précieux journal de captivité.
Ma quête ne fut pas aisée !! Plus d’un demi siècle étant passé par là, la plupart des endroits décrits par mon grand père étaient : soit rasés, soit transformés, soit introuvables…
Je suis passée par Paris, Dunkerque, Zuydcoote, Ypres, Roulers, Bruxelles, Dortmund, Hemer, Berlin, Varsovie, Olsztyn, Olsztynek, Pisz, avec toujours pour guide ce carnet de bord.
Par contre, j’ai renoncé à me rendre en Russie car le coût du visa (450euros) était trop élevé pour le peu de temps que je devais y passer pour retrouver le stalag 1A.
Je pense que le jour le plus émouvant de mon voyage fut celui où je découvris l’emplacement du stalag 1B. Il n’y avait plus rien, juste un champ parmi tant d’autres et une pierre commémorative, en pleine campagne polonaise… L’émotion fut très forte. J’étais seule, dans un endroit où des milliers d’hommes avaient vécu l’enfer et parmi ces milliers d’hommes, il y avait mon grand- père...
Je suis restée un bon moment dans ce champ, à réfléchir et à me demander comment dans un endroit si paisible et si agréable, des hommes avaient pu se livrer à des choses aussi atroces… Ce fut également le jour où je vis ma première cigogne.
Durant ce voyage, il y a eu des larmes, de la tristesse, de la nostalgie, de la détresse parfois, mais aussi et surtout, des rencontres, des joies, des souvenirs et des trouvailles… Un mois où les sentiments se sont mêlés. Je dois reconnaître 3 petits « hic » :
- La solitude fut le plus dur ennemi à combattre, mais au bout de 10 jours, il fut entièrement vaincu. Surtout, je pense, grâce aux différents hôtes Servas qui m’ont très gentiment accueillie chez eux et aux gens rencontrés tout au long de mon voyage, que ce soit dans les trains, dans les auberges de jeunesse ou même dans la rue… Mon chemin a ainsi été croisé par de nombreuses personnes, sans qui ce voyage n’aurait pas eu la même saveur.
- Mais je dois avouer que la langue fut un réel problème aussi ! Jusqu’en Belgique, on me comprenait à peu près… mais en Allemagne et en Pologne, obligée de parler Anglais !!! Avec mon piètre anglais, la chose ne fut pas simple… mais plus facile aussi que je ne l’aurais imaginé ! En effet, lorsqu’on est seule et que personne (ou du moins pas grand monde) ne parle français, on est bien obligé de se débrouiller et, à la longue, on le fait même aisément ! Mais quel plaisir lorsque je rencontrai des personnes parlant français !! Il est vrai que parfois, en Pologne, les gens ne parlaient pas du tout anglais… les gestes et les schémas étaient donc de mise !
- Et pour finir, la nourriture… je dois avouer que je n’ai pas fait fort ! Car, lorsque j’étais seule, en Allemagne et Pologne, je n’ai pas fait l’effort d’aller goûter la nourriture nationale, de peur de tomber sur quelque chose de peu ragoûtant… De plus, je ne mangeais qu’au petit déjeuner et au repas du soir.
Mon voyage s’est déroulé exclusivement en train (mis à part quelques trajets en auto) et les gares n’ont plus aucun secret pour moi ! Le seul jour sombre, fut celui où je me suis perdue, sans savoir où j’étais, ni où j’allais, ni où j’allais dormir ! Heureusement, tout s’est bien terminé grâce à l’aide de plusieurs personnes.
Il y a eu aussi cet hôtel polonais bourré d’araignées où j’ai dû me convertir provisoirement en exterminatrice de bêtes à huit pattes…
Bref, plein de petites anecdotes sympathiques (après coup), de rencontres intéressantes et de découvertes passionnantes !
En faisant le même trajet que mon grand père, en train, ne sachant ni l’allemand, ni le polonais, seule et sans attache… je me suis remise dans certaines conditions de vie de celui-ci. J’ai retrouvé les gares où il est passé, son camp à Hemer (devenu une caserne), les paysages qu’il décrivait, le stalag 1B où il a séjourné, et même le petit village où il a travaillé…
J’ai rencontré des gens intéressés et intéressants, historiens, passionnés, ou même simples citoyens, tous prêts à m’aider et à m’apporter de précieuses informations…
Ce voyage m’a permis de me retrouver face à moi-même, dans des situations pas toujours évidentes. Il a fallu se débrouiller, faire des recherches, aller vers les gens, devenir autonome, et surtout ne pas baisser les bras après un échec.
Seul Zellidja pouvait m’apporter tout cela, partir seule a été une très bonne expérience, bien que parfois un peu douloureuse. Mais je garde de ce voyage un merveilleux souvenir où mes recherches, sur cette période triste de la vie de mon grand père, ont abouti au-delà de mes espérances !
Il ne me reste plus qu’à me lancer dans la rédaction du rapport.
A bientôt.
Claire
Toulouse le 31 août 2006